HORLOGERIE PARISIENNE ET GRANDE MESURE

Il suffit à un horloger passionné de construction de parcourir les nombreux ouvrages relatant de notre discipline pour réaliser qu’il existe des points communs entre chacune des pièces exceptionnelles recensées ou exposées. L’art horloger y était parfaitement maîtrisé, les détails techniques étaient mis en valeur comme preuves de la bonne facture d’un ouvrage, mais le dessin et l’harmonie d’une pièce si complexe soit elle relevait probablement d’une grande sensibilité chez l’horloger.

Les plus belles pièces horlogères ont été produites durant le 18ème siècle, age d’or de la chronométrie. Londres et Paris recensaient alors parmi les meilleurs artisans horlogers de la planète et ces artistes bénéficiaient d’un tissu industriel à la pointe de la technologie.

Ce tissu industriel à évolué et s’est déplacé dans les montagnes helvétiques avant de disparaître quasi totalement de France. La difficulté réside aujourd’hui dans le fait qu’un horloger créateur devra maîtriser seul une multitude de métiers. Il devra dessiner les plans et connaître ainsi toutes les règles inhérentes à la mécanique comme au dessin industriel. Il devra savoir fabriquer les composants et maîtriser ainsi une pléiade de machines outils comme d’outils manuels. Il devra par la suite connaître le métier d’horloger monteur, ajusteur, maîtrisant la trempe comme la lime et devra procéder à la décoration, à la mise en marche et au réglage de précision, preuve ultime de la bien facture de la montre. Il devra surtout savoir s’entourer des meilleurs artisans, de façon à ce que chaque détail de l’œuvre, de la boite jusqu’aux gravures, mettent son travail en valeur.

L’exercice relève aujourd’hui d’un temps révolu ou un Breguet ou un Emery dessinaient, faisaient fabriquer un blanc chez un spécialiste des blancs, le rouage chez un fabricant de roues, l’échappement chez un artisan dédié et rapatriaient par la suite la multitude de composants pour les faire ajuster par un horloger repasseur et finisseur. Ces opérations donnant ainsi vie à un objet manufacturé exceptionnel par la maîtrise raisonnée de chaque composant et chaque opération.
Il existe tout de même encore à Paris des artisans travaillant des produits haut de gamme qui font rayonner la ville à travers le monde. Bottiers, tailleurs et lunetiers travaillent pour certains selon le principe du sur-mesure, communément appelé grande mesure. Ce principe consistant à proposer à un client une commande adapté à ses goûts et ses demandes particulières. La grande mesure ou la demi-mesure pourront s’appliquer aux montres de luxe dans le cas ou la production n’exigera pas une fabrication industrielle. Mais également dans le cas ou l’artisan horloger pourra s’adapter et adapter son œuvre à tout moment, pour produire un objet exclusif et luxueux à la hauteur des exigences d’un client érudit.
Théo Auffret